• Petite interview de Jean-Philippe Depotte...

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    ... en attendant la sortie des Démons de Paris, le 2 février 2010

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    Couverture

    Jean-Philippe Depotte, Les Démons de Paris est votre premier roman. Qui êtes vous ? Quel est votre parcours de lecteur ?

     Disons qu’avec une carrière bien remplie dans l’industrie lourde, puis dans la médecine, puis dans l’apprentissage des langues et le jeu vidéo, mon parcours d’écrivain s’emmanchait bien mal. Jusqu’à ce jour providentiel de 2005 où mon inestimable épouse me proposa la plus belle des aventures familiales : laisser tout et partir, avec les enfants, vivre quatre ans au Japon. Après un tel virage, tout devenait possible. Et même écrire cette histoire qui hantait mes carnets depuis bien longtemps, les démons de Paris, et tenter ma chance par la poste auprès d’un Gilles Dumay (Denoël).

     

    La lecture ? J’aime lire ‘utile’. Et quand j’ouvre un livre, j’ai souvent un objectif en tête et un crayon à la main. Alors, je lis beaucoup de livres d’Histoire sur le sujet qui me passionne à ce moment-là – et ça change assez vite ! La révolution française, l’histoire des Etats-Unis, le second empire, la troisième république, pour citer les derniers en date. J’ai aussi un faible pour les livres scientifiques et il n’est pas rare que je parte en vacances avec un livre de maths dans la valise. Il n’empêche qu’entre deux, j’essaie de me changer l’esprit avec un peu de poésie (Queneau, Calvino), un bon thriller (j’ai aimé Tokyo de Mo Hayder ou l’incontournable Shutter Island), ou une bonne BD (Tardi, bien sûr, mais aussi Alan Moore ou tout ce que produit Lewis Trondheim).

    Ca, c’est pour la lecture. Mais je pense que l’essentiel de mon ‘univers’ me vient surtout du cinéma. J’aime les scénarios bien ficelés, les horlogeries suisses, et je pensais beaucoup à la perfection de Arnaques, crimes et botanique (de Guy Ritchie) en attaquant l’écriture des Démons de Paris. Enfin, je m’entretiens un petit côté fleur bleue en versant de temps en temps ma larme devant In the mood for love, la perfection dans l’histoire d’amour.


    Considérez-vous Les Démons de Paris comme un thriller surnaturel avec des éléments uchroniques ?

     Un thriller ? oui et non. Pas dans le sens premier, puisque mon livre ne fait pas peur. En fait, ce que j’aime faire, c’est ouvrir des portes, plonger mes personnages dans une intrigue de plus en plus inextricable, soulever des questions et mener le lecteur jusqu’à un feu d’artifice qui répond à toutes ses questions et ferme toutes les portes. Comment appeler cela ? Une intrigue, une épopée ?

    Surnaturel ? oui mais. Oui, je ne m’embarrasse pas de la réalité et j’aime jouer avec les mythologies et la religion, en particulier. Mais, je m’efforce d’inscrire mes personnages dans leur réalité, celle du roman. Une réalité différente mais cohérente et naturelle pour ceux qui y vivent. Je passe beaucoup de temps à réfléchir à ce que deviennent le bon sens et les relations humaines dans un monde légèrement différent du notre.

    Uchronique ? Non, pas vraiment. Je ne cherche pas à reconstruire une Histoire différente. En fait, j’utilise juste certains éléments de l’Histoire comme s’il s’agissait d’une vaste bibliothèque d’événements et de personnages ‘prêts à l’emploi’ dans laquelle je pioche selon mes besoins. Lénine, Nicolas II, Fulgence Bienvenüe ou le préfet Lépine sont autant de personnages qui éveillent déjà des sentiments dans l’esprit des lecteurs sans qu’il soit nécessaire d’une description de dix pages. Leur ajouter des traits nouveaux, les plonger dans des situations nouvelles, c’est inviter au jeu, aller dessiner des moustaches à la Joconde. Un peu comme un cadavre exquis. On part d’éléments réels et on commence à jouer.


    Qu'est-ce qui vous plaît tant dans l'époque que vous décrivez dans Les Démons de Paris ?

     La photo ! Ce qui m’a toujours fasciné dans la tranche d’Histoire située entre 1850 et 1914, c’est que l’on parle de l’Histoire, avec un grand ‘H’, celle qui nous dépasse tellement elle est loin, celle qui sonne comme de la science-fiction tellement la vie de ces gens était éloignée de la notre ; mais malgré cet éloignement, il existe des photos ! Des images qui nous montrent cette réalité de ‘science-fiction’ comme si on pouvait la toucher. Lorsque pour la première fois, j’ai découvert les photos du Luna Park de la porte Maillot avec ses dames en grandes robes, tassées dans les petits chariots du Scenic Raylway, tenant leurs grands chapeaux pour ne pas qu’ils s’envolent, j’en suis resté baba pendant plusieurs jours. Il suffisait de fermer les yeux pour y être ! Idem avec la photo du gros chien qui tire la charrette du laitier et le paysan qui fait traverser le pont d’Arcole à son troupeau de chèvres. Pas besoin d’imagination, la réalité de ces photos est tellement merveilleuse que j’avais envie de la mettre en mouvement.


    Qu'est-ce qui fait de Paris une ville "magique" ?

    Il se trouve que j’habitais Tokyo lorsque j’ai commencé la rédaction des Démons de Paris. Les japonais aiment la France et aiment Paris. Et j’ai certainement plus appris à aimer Paris en quatre ans au Japon qu’en quarante en France. Parce que ce n’est pas le même Paris que celui du RER ou des Vélib. Le Paris des japonais est un Paris romantique, un Paris fantasmé. C’est le Paris de l’exposition universelle et des affiches de Mucha. Après quatre ans de ce régime, je ne pensais plus qu’à ce Paris là et j’avais oublié l’ancien.

    De plus, il régnait dans le Paris de la Belle Epoque une atmosphère d’éther, de vapeurs médiumniques et d’exhalaisons spectrales. Une réalité déjà à la limite du rationnel dans laquelle mes histoires pouvaient trouver leur place. Le Paris d’Adèle Blanc-Sec (de Tardi).

    Ajoutez à cela qu’à l’époque, Paris abritait Lénine, exilé à la suite de la révolution de 1905, et vous obtenez une belle collection de fusées pour le feu d’artifice que je cherchais à allumer...



    Vous travaillez déjà sur un nouveau livre, je crois ?

    Bien sûr ! L’écriture des Démons de Paris m’a procuré un tel plaisir que je ne souhaite plus m’arrêter.

    Pour mon deuxième roman, je me suis attaché à une autre période historique saturée en personnages et événements fascinants, un filon d’or pur : la fin du XVIème siècle. Autrement dit, le début des guerres de religions, les épidémies de peste, la naissance de la médecine et, surtout, l’époque du grand Michel de Nostredame. Il suffit de fermer les yeux, et les idées viennent toutes seules...

    (entretien réalisé en décembre 2009 - photo et couverture : Daylon)

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  • Commentaires

    1
    Caracole
    Mercredi 6 Janvier 2010 à 20:38
    J'ai terminé Les démons de Paris il y a quelques jours et j'ai vraiment beaucoup aimé, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. L'ambiance de l'époque est magnifiquement retranscrite, et j'aime beaucoup le côté feuilleton/belle époque, matiné de fantastique et d'uchronie, un peu comme dans La brigade chimérique...Les personnages sont attachants dès les premières pages, beaucoup d'inventions qui s'inscrivent dans une réalité historique ou religieuse, mais avec une touche personnelle. Et ça m'a donné envie de faire plus de recherches sur Gérard Encausse...Je vais m'arrêter là pour ne pas gacher la surprise et le plaisir des futurs lecteurs.Bref, merci pour ce bon moment et j'espère que le public sera au rendez-vous. En ce qui me concerne je vais le conseiller, et j'en parle déjà.
    Mehdi, Libraire de Paris
    2
    Ubik
    Dimanche 17 Janvier 2010 à 17:57
    Bientôt chroniqué sur le Cafard. Beaucoup aimé itou.
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