• Laurent Genefort à Metz

    Demain, vendredi 7 avril

    (Le voyage vers l'est lui fait gagner deux accents aigus... ;-)

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  • Challenge Lunes d'encre - septième chronique pour Yossarian

    Vostok de Laurent Kloetzer

    Challenge Lunes d'encre - septième chronique pour Yossarian

    Ce Yossarian, quel homme de goût !

     


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  • En septembre prochain sortira dans la collection Lunes d'encre, l'édition française de The Library at Mount Char, la fantasy-culte de Scott Hawkins. La Bibliothèque de Mount Char, traduit de l'américain par Jean-Daniel Brèque. Sans objectivité aucune, ce sera un événement ; ce qui vaut bien un entretien avec l'auteur.

     

    Entretien avec Scott Hawkins

     

    [Lunes d’encre :] La Bibliothèque de Mount Char est votre premier roman. Les lecteurs français ne vous connaissent pas. Pouvez-vous vous présenter à eux ?

    [Scott Hawkins :] J’écris de la fiction depuis que j’ai douze ans, environ, mais j’ai fait mes études dans le domaine de l’informatique. Je travaille comme programmeur pour une grosse entreprise de la région d’Atlanta. Ma femme Heather et moi vivons dans les bois au nord de la ville. Une horde de chiens complète notre petite famille.

     

    [Lunes d’encre :] Comment le roman est-il né ? Combien de temps a duré sa rédaction ?

    [Scott Hawkins :] J’ai une façon d’écrire disons inhabituelle. Je ne commence jamais avec idée précise de toute l’histoire. Au tout début du processus créatif, j’essaye juste de noter quelques scènes qui me semblent intéressantes, sans trop me soucier de savoir comment elles vont s’imbriquer. Dans ce roman, il y a trois scènes centrales (je vais rester vague pour ne pas divulgâcher). La première se situe dans un bar : une femme demande à un homme – qu’elle vient juste de rencontrer  –  de cambrioler une maison. Dans la seconde, un homme court dans une banlieue résidentielle, poursuivi par une meute de chiens féroces, pour être finalement sauvé d’une manière surprenante.

    Quand j’ai trois ou quatre scènes comme ça, je commence à les mélanger, comme des cartes à jouer, pour voir si de nouvelles idées, plus larges, émergent au sujet des personnages ou de l’intrigue. A ce stade, j’essaye de garder l’esprit ouvert. Quant à la troisième scène, il s’agit d’un pique-nique entre voisins qui tourne à la tragédie ; ça m’a semblé être une bonne scène d’ouverture. Dans le manuscrit final, cette scène intervient presque à la toute fin.

    Il m’a fallu à peu près six mois pour parcourir le chemin qui sépare la page blanche du premier jet. Et trois mois de plus, pour réécrire le tout. Mais ces trois mois ont eu lieu après un an d’échanges entre mon agent, mon éditeur et moi-même.

     

    [Lunes d’encre :] La Bibliothèque de Mount Char est une fantasy très inhabituelle (de mon point de vue, c’est plus un roman de science-fiction qu’une fantasy). Après avoir fini ma première lecture, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux comics d’Alan Moore, à des séries comme Hellboy ou Preacher. Ces références m’ont semblé alors beaucoup plus prégnantes que n’importe quelle autre référence littéraire rattachée à la fantasy. Etes-vous un lecteur de comics ? Etiez-vous conscient de cet aspect de votre roman ?

    [Scott Hawkins :] Je suis définitivement un lecteur de comics, et en particulier un grand fan d’Alan Moore. Je pense qu’une partie des similarités entre La Bibliothèque de Mount Char et les comics prend sa source dans ma volonté de jouer mon rock à onze sur des amplis gradués jusqu’à dix. Tout ce qui concerne les Bibliothécaires – de leur éducation extrême jusqu’à leurs animaux de compagnie – a été conçu de façon outrée. Je voulais que le lecteur sente la mythologie émerger de cette outrance volontaire.

    Cela dit, écrire cette histoire sous forme de roman m’a demandé un effort. Alan Moore a souvent expliqué pourquoi Watchmen ne pouvait être raconté proprement qu’en comics. Je comprends ce qu’il veut dire : l’histoire qu’il raconte est intimement entrelacée à son medium. Par exemple, il y a beaucoup de gags visuels dans Watchmen qui ne pourraient pas fonctionner si on essayait de les traduire en prose. Le film est aussi fidèle que ce qu’on était en droit d’espérer, mais beaucoup de choses se sont toutefois perdues au cours du processus d’adaptation.

    Au final, j’ai essayé de façonner la Bibliothèque de Mount Char avec le seul outil de la prose. Par exemple, les premiers essais de l’affrontement entre le protagoniste et son antagoniste ressemblaient trop au scénario d’un film d’action. Ça aurait sans doute marché sur grand écran et, parfaitement, en page de droite dans un comics. Sous forme de prose, ce n’était pas très bon. J’ai donc changé le registre du combat, remplaçant les muscles et les explosions par une certaine forme d'énergie.

     

    [Lunes d’encre :]  En France H.P. Lovecraft est très populaire. Peut-on voir un hommage aux mondes de Lovecraft dans La Bibliothèque de Mount Char ?

    [Scott Hawkins :] Oui, bien sûr. J’avais en tête quelque chose de très lovecraftien quand j’écrivais sur le monde des Bibliothécaires. Les ennemis de Père sont présentés comme des êtres extrêmement puissants, et même si on ne les devine pas forcément malfaisants, on les sens indifférents au bien-être de l’humanité. Il y a deux ou trois références explicites. Il est mentionné que Père oblige un des Bibliothécaires à soumettre un Profond, ça vient directement du « Cauchemar d’Innsmouth ». Il y a aussi un peu des « Montagnes hallucinées » dans Q-33 Nord. Et encore d’autres références, ailleurs. Je lis Lovecraft depuis que j’ai douze ans et j’ai bien conscience qu’il a influencé mon univers mental de bien des façons.

    Je devrais sans doute signaler qu’il y a aussi quelques clins d’œil à un précurseur de Lovecraft : William Hope Hodgson. Il a écrit au sujet d’un futur lointain où l’humanité vit dans une pyramide noire assaillie par des monstres [NDE : Le Pays de la nuit].

     

    [Lunes d’encre :]  Carolyn a l’habitude de dire « La magie n’existe pas ». Vraiment ?

    [Scott Hawkins :] Comment dire… Oui et non. C’est vrai dans le sens qu’elle ne pense pas mentir en disant cela et, dans une certaine mesure, elle ne peut pas parler de ce sujet d’une façon compréhensible pour nous autres. Ça serait comme parler H2O avec un poisson – vous et moi ne considérons pas l’eau comme le font les poissons. Nous manquons d’éléments de vocabulaire communs pour que les poissons comprennent la même chose que nous sur ce sujet précis.

     

    [Lunes d’encre :]  Quels sont vos projets maintenant ? Travaillez-vous sur une suite ? J’ai lu que vous aviez commencé une nouvelle située dans l’univers de la Bibliothèque de Mount Char, l’avez-vous achevée ?

    [Scott Hawkins :] Je tourne autour de l’idée d’une suite. J’aimerais beaucoup m’y remettre – ces personnages me manquent. Ceci dit, je ne veux pas commencer avant d’avoir une vague idée de cette nouvelle histoire, où elle va. Selon moi, beaucoup d’histoires auraient été bien meilleures si elles n’avaient pas été gâchées par un préquelle ou une suite.

     La nouvelle dont vous parlez tient un rôle central dans mon hésitation. Je pensais écrire sur ce qui se passerait un an après la fin du roman, mais en fait c’est plus facile à dire qu’à faire. J’ai eu beaucoup de mal à écrire quelque chose de court – sur le devenir du personnage principal – qui soit à la fois satisfaisant et plausible. J’ai passé six semaines dessus, puis j’ai laissé tomber.

    Ceci précisé, je crois qu’il y a vraiment matière à écrire quelques histoires sur les Bibliothécaires qui sont un peu négligés dans le roman. J’espère produire bientôt une ou deux nouvelles dans cette veine. Mais en ce moment, je suis concentré sur mon second roman.

    Il n’a pas de rapport direct avec La Bibliothèque de Mount Char, mais c’est une fantasy du même genre, située dans le monde moderne. Ça raconte l’histoire d’une mathématicienne qui vit en bordure de forêt avec de nombreux chiens. Une nuit, les chiens commencent à lui parler. Et après la réalité dérape.

     

    [Entretien traduit de l’américain par Gilles Dumay, au prix de quelques arrachages capillaires non négligeables. Remerciements à Alexandre Lienard pour son aide active dans la lutte contre la calvitie du traducteur amateur.

    Merci à Noémie Rollet de l’Agence Bénisti. A Julian Pavia de Crown.]

     

    Entretien avec Scott Hawkins

     

     

     

     

     


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